Interdire les Illusions diffusées sur les Réseaux Sociaux... et pratiquer un numérique responsable ?
3/4/20256 min read
[Image de la semaine] Une vidéo d'argent facile limitée par YouTube
A l'heure où Stand up for Science mobilise la communauté scientifique dans un agenda tourné vers les facéties trumpiennes qui ont le mérite de nous interroger sur nos valeurs, notre vision communautaire, notre histoire et ses choix, la législation du numérique a connu une animation intéressante cette semaine.
All about... une protection
Meta, Snapchot et TikTok se sont alliés pour remettre en cause l'exemption dont bénéfice YouTube en Australie qui a autorisé les comptes détenus par les adolescents sur cette plateforme. Les trois réseaux sociaux argumentent notamment que les adolescents peuvent tout à fait accéder aux contenus éducatifs avec les comptes des parents et être exposés aux contenus dangereux qui limitent l'utilisation de leurs propres services.
Même semaine, YouTube annonce limiter l'exposition des adolescents à des contenus ciblés... Vidéos promettant la richesse, la triche aux examens, les moqueries au dépens d'un inconnu. La démarche est timide et nécessaire. (Et les gourous du développement personnel qui promettent la guérison ou une formation en 3 jours... Bonne idée non ?).... A mon habitude, l'annonce me fait déverrouiller les neurones : si YouTube reconnait que des contenus contiennent des illusions*, déjà pourquoi les autoriser en croyant qu'un adulte va être capable de s'en distancier ? Ensuite pourquoi le limiter et non, l'interdire ? D'autant que le Gouvernement australien vient de vous remettre une sacrée responsabilité à l''égard de nos ados - nos enfants - nos bébés... L'avenir du monde ? Il y a de quoi interpeller OPEN.
Bref, cela n'est que du correctif au lieu d'être normatif (et incarner les valeurs que notre société pourrait faire respecter). Cela m'a poussé dans mes retranchements de chercheure et enseignante en communication responsable, éthique et structuration des médias pour un numérique juste** ... et bien plus encore, peut-on rêver à une consommation une utilisation juste, équilibrée, sensée des médias.
*Ah le Poisson en nous va continuer sa quête obsessionnelle d'un rêve qui nous relierait à l'amour... hélas, ici, l'égo de soi = #lâchage #astrologie.
**Numéro à paraître d'Interfaces numériques et coordonné par l'équipe de l'Université Catholique d'Angers qui vient de créer un Master de Communication stratégique et numérique écologique


Corriger le numérique ?
La première fois que j'ai acheté une voiture hybride, mon père m'a offert deux mois après, Guillaume Pitron, La Guerre des métaux rares. Mon éco conscience a pris un coup dans l'aile... J'ai compris que mon acte était loin d'être en faveur de la Planète. J'ai revendu ma voiture, j'ai acheté une Diesel.
Ce choix pose l'enjeu de la complexité de l'évaluation de la chaîne de valeur et ses impacts sur l'écologie. Pendant la décennie de ONU dédiée à l'eau (2005-2015), l'empreinte Eau a tenté de sensibiliser le public sur la quantité d'eau est nécessaire pour fabriquer chaque produit de consommation quand cela n'apparait pas visiblement. Par exemple, combien de litres d'eau faut-il pour produire un ordinateur ? Le connecter à Internet ? Utiliser Internet régulièrement pour ses recherches scientifiques et activités de veille informationnelle ? De nombreux sites et médias (aïe toujours du virtuel) contribuent à documenter et sensibiliser sur le sujet dont le CIEAU.
Très récemment, Radio France a produit dans sa chronique "On se décarbonne", un aperçu montrant combien Internet cache le barrage... Allons y : des chiffres évaluent la consommation d'eau des centres de données produisant de l'Internet, des réseaux sociaux et de l'Intelligence Artificielle. Nous rentrons dans le cœur du sujet de la technique aka système de refroidissement, réeseaux, usine... Avec un regard venu du passé (qui est d'ailleurs), ce type de discours répète le combat de Vandana Shiva à l'encontre de Coca Cola qui utilisait les ressources en eau de son village indien pour la boisson sucrée devenue culture mondiale voire son eau vitale (triste, tellement triste réalité). Et à l'époque, nous parlions de beaucoup moins de litres d'eau que ceux engloutis par les data centers.
Dans mes rêves jeunes poissonneux, je disais, "souquez vos télévisions" pour en finir avec les téléviseurs, objet inutile à la vie. Aujourd'hui, l'écran l'a remplacé et il est plus redoutable tant pour consommer du temps, des ressources... et la source de nos choix et valeurs.


Devoir numérique ?
Au cours de mes excursions scientifiques de chercheure et experte en communication sur l'eau, j'ai longtemps été l'avocate du devoir de l'eau. Dans mon article (commencé grâce au soutien de Bernard Motulsky) sur la conscience environnementale, j'interrogeais cette conscience écologique à l'heure des réseaux sociaux. J'analysais le buzz de l'époque, le Ice Bucket Challenge qui réduisait les représentations à une opposition fondamentale de valeurs : d'un côté, des enfants gâtés du système digital de starisation américain prenaient de l'eau froide pour se la verser sur la tête ; de l'autre, la sécheresse en Afrique, la pollution des eaux en Inde, la disparition de la mer d'Aral.
Aujourd'hui, la cause écologique semble morte, effacée par les poussées futuristes d'un monde qui se perçoit Robot humanoïde à l'intelligence datatoïde. Les sentinelles de l'environnement sont échaudées (ou est-ce refroidies ?) par cette eau froide monopolisée par les géants du numérique. Alors que je commence la rédaction de mon "contrat" éthique pour ANAMANA étant de plus en plus sollicitée pour accompagner la démarche RSE ou l'approche Genre, Eau et Environnement, je me demande quels seraient les contours d'un tel devoir... de l'impératif kantien et tout simplement, inspirer une vertu morale pour sacraliser notre connexion... ou Mana-Médium.
Fait symbolique, il a plu toute la journée au Maroc pour la Journée Mondiale des droits de la Femme. C'était fête à la maison (et cerise sur le gâteau, le XV de France a battu l'Irlande au Aviva Stadium pour un match historique). Concert simple à l'espagnol et pas d'écran sauf pour filmer une vidéo pour un absent qui réclamait d'écouter un extrait. Cela m'a rappelé combien encore et toujours, I have a dream. Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront respectées, que l'eau soit préservée. Que les écrans escarpés soient aplanis et les connexions tortueuses limitées (interdites ?), que la gloire du lien humain et liens humains-non humains soit naturelle à tout être fait de chair, d'âme et d'amour.
Que l'écran ne soit plus, il est pourtant devenu mon allié d'écrivain. Peut-être devrais-je retrouver la machine à écrire de ma grand-mère et attendre que l'on débranche tout. Enfin, nous prendrions le temps du rêve et pourrions tel à Robert Desnos, atteindre ce corps vivant, et de baiser sur cette bouche la naissance... De la voix-voie qui nous est chère-chair. En attendant, l'infobésité trumpienne trompe énormément en conquête des métaux rares et hackage de nos écrans - voire notre liberté de penser.
Que le devoir numérique soit avec nous (et revenons à nous).
Céline Hervé-Bazin